Foncier rural et tensions intercommunautaires en Côte d’Ivoire : perceptions sociales, dynamiques migratoires et enjeux de gouvernance
Résumé
Cet article analyse les liens entre le foncier rural et les tensions intercommunautaires en Côte d’Ivoire, dans un contexte marqué par les crises sociopolitiques de 1999, 2002 et 2010. S’appuyant sur les approches du pluralisme normatif et de la sociologie politique du foncier, l’étude montre que la terre dépasse sa fonction économique pour devenir un enjeu de pouvoir, de citoyenneté locale et de légitimité sociale. Les conflits fonciers résultent ainsi de la coexistence entre normes coutumières et droit étatique, produisant des ambiguïtés juridiques et des tensions identitaires entre autochtones et allogènes. L’objectif de l’étude est d’analyser, à partir des perceptions des acteurs locaux, les groupes impliqués dans les conflits fonciers, leur répartition spatiale ainsi que leurs implications sociales et économiques. La recherche repose sur une enquête quantitative réalisée en 2019 auprès de 1 500 personnes âgées de 18 ans et plus, réparties dans douze localités ivoiriennes. Les données collectées par questionnaires ont été analysées à l’aide de traitements descriptifs et bivariés sous Sphinx Plus. Les résultats révèlent que 20,2 % des enquêtés déclarent des problèmes de cohabitation liés au foncier. Les allogènes sont perçus comme les principaux acteurs des conflits (53,14 %), devant les autochtones (20,13 %) et les allochtones (22,11 %). Les localités de Bondoukou, Yamoussoukro, Abengourou, San-Pédro et Duékoué apparaissent comme les plus exposées aux tensions. Les célibataires expriment davantage cette perception conflictuelle que les personnes mariées ou veuves. Les principaux facteurs aggravants identifiés sont l’accaparement supposé des terres, la défiance envers l’État et la remise en cause des normes coutumières. L’étude conclut que les conflits fonciers constituent des tensions structurelles mêlant enjeux économiques, identitaires et politiques. Ils fragilisent la cohésion sociale, accentuent la stigmatisation des populations allogènes et compromettent durablement le développement rural et la stabilité sociale en Côte d’Ivoire.
Abstract
This article analyzes the links between rural land and intercommunal tensions in Ivory Coast, within a context marked by the sociopolitical crises of 1999, 2002, and 2010. Drawing on approaches from normative pluralism and the political sociology of land, the study shows that land transcends its economic function to become a stake in power struggles, local citizenship, and social legitimacy. Land conflicts thus arise from the coexistence of customary norms and state law, producing legal ambiguities and identity tensions between indigenous and non-indigenous populations. The study aims to analyze, based on the perceptions of local actors, the groups involved in land conflicts, their spatial distribution, and their social and economic implications. The research is based on a quantitative survey conducted in 2019 with 1,500 people aged 18 and over, distributed across twelve Ivorian localities. Data collected through questionnaires were analyzed using descriptive and bivariate analyses in Sphinx Plus. The results reveal that 20.2% of respondents reported land-related problems in their coexistence. Non-native residents were perceived as the main actors in these conflicts (53.14%), followed by native residents (20.13%) and non-native residents (22.11%). The localities of Bondoukou, Yamoussoukro, Abengourou, San-Pédro, and Duékoué appeared to be the most exposed to these tensions. Single people expressed this perception of conflict more frequently than married or widowed individuals. The main aggravating factors identified were perceived land grabbing, distrust of the state, and challenges to customary norms. The study concludes that land conflicts constitute structural tensions involving economic, identity-related, and political issues. They weaken social cohesion, accentuate the stigmatization of non-native populations and permanently compromise rural development and social stability in Ivory Coast.
Mots-clés
Pour citer cet article
(2026). "Foncier rural et tensions intercommunautaires en Côte d’Ivoire : perceptions sociales, dynamiques migratoires et enjeux de gouvernance". AFLASH, Vol(13)2, pp. 617-637.