Importée en Afrique par la colonisation, la langue française suscite des débats sur son état actuel et son avenir : pour les uns, le niveau de français baisse ; pour les autres, la langue rayonne grâce à ses particularités et au nombre croissant de ses locuteurs. À partir du cas de la République centrafricaine, où le français est langue officielle et langue de scolarisation aux côtés du sango, cet article confronte ces deux points de vue. Il décrit d’abord, à partir d’un corpus documentaire (inventaires lexicaux, mémoires, chansons), quelques particularités lexicales du français parlé à Bangui : néologismes, glissements de sens, emprunts au sango et alternance codique, souvent empreints d’humour. Il analyse ensuite, selon une approche descriptive, les erreurs de conjugaison au passé composé relevées dans les copies de 52 élèves de cinq lycées de Bangui soumis à trois exercices fermés : formes non conjuguées, confusions de temps, erreurs d’accord, barbarismes et erreurs orthographiques (268 erreurs relevées). Les résultats montrent un contraste entre la créativité lexicale des locuteurs et la fragilité de la maîtrise de la morphologie verbale à l’écrit. L’article invite les décideurs politiques et éducatifs à fonder leur vision de l’avenir du français sur une évaluation réelle des apprentissages.
Abstract
Introduced into Africa through colonization, French is at the centre of debates about its current state and its future: some argue that the level of French is declining, while others highlight its vitality, pointing to its specific features and its growing number of speakers. Taking the case of the Central African Republic, where French is an official language and the language of schooling alongside Sango, this article examines both views. Drawing on a documentary corpus (lexical inventories, dissertations, songs), it first describes some lexical features of the French spoken in Bangui: neologisms, semantic shifts, borrowings from Sango and code-switching, which are often humorous. Using a descriptive approach, it then analyses the errors in the conjugation of the passé composé found in the written work of 52 pupils from five secondary schools in Bangui who completed three closed exercises: non-finite forms, tense confusions, agreement errors, barbarisms and spelling errors (268 errors). The results reveal a contrast between speakers’ lexical creativity and pupils’ weak command of verb morphology in writing. The article calls on political and educational decision-makers to base their view of the future of French on an actual assessment of learning.
BEYOM Robert , MBIOM ONDOUA Auguste Crépin , KOSSI-SINDO Ernestine (2026). "Créativité lexicale et difficultés d’apprentissage des formes verbales en français : le cas de Bangui". AFLASH, Vol(13)4, pp. 502-521.